juillet 8, 2026
L'urne est un tombeau

Sur un texte contre le vote — et sur ce qu’il reste à ensevelir

On ne va pas se mentir : ce texte, je le partage sans réserve dans son geste premier. Il enterre — et c’est le mot juste — la fiction représentative, la solitude structurelle de l’isoloir, l’épuisement militant que produit la propagande électorale même de gauche. Sur ce terrain-là, l’écologie sociale communaliste et la critique anarchiste du vote se rejoignent presque mot pour mot. Comme l’écrivait L’Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme dans son Abécédaire, à l’entrée VOTE : « le vote n’exprime pas la démocratie, il est tout au contraire l’expression de son échec » — et à POLITIQUE, la corruption du politicien n’y est jamais pensée comme un vice de personne, mais comme l’effet mécanique d’une fonction, celle de la caste que fabrique la capitalocratie. Sur ce constat, rien à redire : le texte qui suit dit vrai, et il le dit bien.

Mais un enterrement pose toujours la même question : et après ?

C’est précisément là que je veux prolonger le geste plutôt que m’y arrêter. L’article refuse — à raison — mais ne propose aucun ailleurs institutionnel au pouvoir qu’il retire aux urnes. Le communalisme, dans la lignée de Bookchin tel qu’il est travaillé collectivement à l’Atelier ESC, ne se contente jamais de dire non à la représentation. Il pose la question suivante : une fois la représentation nié, où et comment reconstruit-on du pouvoir populaire réel, situé, incarné ?

La réponse tient en quelques concepts qui sont à creuser collectivement : des formes germinales de démocratie directe — assemblées de quartier, de commune, de vallée — qui ne demandent l’autorisation de personne pour exister ; une dualité de pouvoir qui ne cherche pas à conquérir l’appareil d’État mais à le vider par le bas, en transférant patiemment la décision réelle vers les assemblées populaires confédérées ; un confédéralisme qui relie ces assemblées sans jamais recentraliser au sommet ce qu’on a décentralisé à la base. Là où l’entrée DÉMOCRATIE de l’Abécédaire pose que « l’exercice effectif de la démocratie ne peut trouver originellement place qu’à la base, au cœur de populations partageant… des horizons et environnements communs », le communalisme répond par une institution communale politisée — pas un parti, pas une liste électorale déguisée en mouvement social, mais une structure d’auto-gouvernement qui rend le vote municipal secondaire de fait, plutôt que par décret.

Le texte qui suit fait un excellent travail de négation. Il manque l’autre moitié du geste dialectique — l’Aufhebung, ce dépassement qui ne se contente pas de nier la forme représentative mais la retourne et la vide de l’intérieur, en construisant ce qu’elle a toujours empêché. Ne pas voter est un point de départ nécessaire. L’urne est vide — ou plutôt pleine d’un cadavre. Reste à savoir ce qu’on institue, par en-bas, à sa place. Voici le texte qui m’a donné envie d’écrire ces quelques lignes : Aux révolutionnaires qui ne peuvent s’empêcher de voter (et nous rabâchent qu’on devrait faire de même) — Source RABASSE

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