
Lors des journées écosyndicales 2026 qui ont eu lieu à Nantes, l’un de nos camarades a participé à une table ronde qui interrogeait notre temps de travail. Travailler moins pour repenser des priorités vitales pour notre classe. Retour sur quelques éléments de réflexion…
L’intitulé de la table ronde était un clin d’œil au titre de l’essai publié en 1977 par le Collectif Adret, qui plaidait pour une réduction drastique du temps de travail grâce aux gains de productivité et à l’automatisation. Avant cela, en 1883, Paul Lafargue écrivait dans Le droit à la paresse : « Sans attendre que notre action bouleverse la propriété bourgeoise, notre critique et nos objectifs doivent constamment démolir les préjugés bourgeois ». Il s’agit de « monter à l’assaut de la morale et des théories sociales du capitalisme. »
Les échanges entre Céline Marty, philosophe spécialiste de l’œuvre d’André Gorz, Julien Troccaz (SUD-Rail) et moi-même (membre du collectif écosyndical CGT 44) ont ainsi permis d’ouvrir un débat sur le travail, la production, et plus largement sur notre vie sociale.
Réduire le temps de travail de manière drastique n’est pas une simple « RTT » ! Et d’ailleurs, les salariées se méfient des arnaques que pourraient pondre une hypothétique nouvelle Loi Cadre, style Loi Aubry I et II (dite « des 35 heures ») : pauses rognées, temps d’habillage et autres inclus dans le temps de travail, ce qui n’a fait gagner que quelques minutes de réduction par jour… au prix d’une augmentation de l’intensification du travail.
Et les forfait-cadres et les forfait-jour n’ont pas été mieux, rappelle Julien Troccaz : « Qu’est-ce qu’on fait du temps que l’on va libérer avec l’IA ? » Comme le rappelle Céline Marty, de toute façon « les corps ne vont pas tenir avec la crise climatique ». Exploitation, fatigue, stress, TMS, cancers, etc. ; les corps, déjà, craquent.
Travailler moins, c’est aussi produire moins
« Que faire des ressources disponibles qui nous restent ? », pose Céline Marty. La période du Covid-19 a mis en avant les « activités essentielles ». Alors, quelles priorités ? Comment se défaire des emplois qui ne servent que l’économie capitaliste ? Et qu’en serait-il de prioriser les emplois des services publics, les emplois qui satisfont des besoins collectifs réels ?
Travailler moins, produire moins, décider collectivement ce que nous voulons vraiment produire ; pour polluer et gaspiller moins, pour redonner du sens à nos vies. C’est à un nouveau projet de société que nous devons œuvrer collectivement ! Il s’agit évidemment d’un projet révolutionnaire, qui suppose une réorganisation en profondeur de la production et des rapports de production.
Oui, une vie existe en dehors du règne de la marchandise. Une vie plus sobre, sûrement, mais exaltante et riche de bien autres choses !
Alors c’est une campagne hardie et intense que nous devons mener, entre syndicalistes combatifs et combatives, de concert avec des militantes et militants écologistes, et avec toutes celles et ceux qui ne travaillent pas encore, ne travaillent plus, ou ne veulent plus être exploitées.
L’UCL pourrait prendre une part active à relancer ce combat fondamental, et tellement actuel, de la lutte des classes. Notamment avec le déferlement de l’IA qui nécessite de repenser notre travail, notre production, notre organisation !
Comme disait André Gorz, nous rappelle Céline Marty, « il ne s’agit plus de conquérir du pouvoir comme travailleur, mais de conquérir le pouvoir de ne plus fonctionner comme travailleur ».
Yann (UCL Nantes)

