
Je relaie ici un texte qui tape juste sur une dérive que je croise partout dans les milieux militants ces dernières années : la figure de l' »allié.e », devenue à la fois une injonction morale et une posture individuelle vidée de tout projet politique commun.
Le texte le montre bien : à force de faire de la déconstruction personnelle le cœur de la lutte, on finit par remplacer un rapport de force collectif par une quête de pureté individuelle — chacun.e occupé.e à « checker ses privilèges » plutôt qu’à construire ensemble. C’est une critique qui résonne avec ce que Bookchin pointait déjà dans l’écologie sociale : une addition de luttes sectorielles, aussi légitimes soient-elles chacune, ne fait pas un projet politique. Sans perspective unifiante — sans horizon commun de transformation de la totalité sociale — les combats contre les dominations particulières restent juxtaposés, parfois même concurrents entre eux, au lieu de converger. C’est justement ce que les perspectives communalistes de l’écologie sociale proposent : relier toutes ces luttes dans un mouvement émancipateur commun, pour faire monde autrement.
Les autrices proposent de sortir de la logique allié.e/concerné.e pour penser plutôt en termes de complicité : un engagement réciproque, partagé, dans une même histoire — celle de vouloir détruire ce monde-là, ensemble. Reste alors la vraie question, celle qui nous occupe ici : par quoi le remplacer ? Quelles institutions, quelles formes d’organisation concrètes pour qu’un autre futur soit possible — et pas seulement désirable.
Bonne lecture.
Source : VALLÉES EN LUTTE ➡ Brochure « Les bon.nes allié.es nous cassent la tête – détruire les alliances, construire des complicités »

