{"id":3374,"date":"2026-05-21T22:06:41","date_gmt":"2026-05-21T22:06:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.bascules.social\/?p=3374"},"modified":"2026-05-21T22:06:41","modified_gmt":"2026-05-21T22:06:41","slug":"productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles-par-sandrine-aumercier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.bascules.social\/?p=3374","title":{"rendered":"Productivisme, mobilisation de toutes les \u00e9nergies disponibles, par Sandrine Aumercier"},"content":{"rendered":"<div class=\"ob-sections\">\n<div class=\"ob-section ob-section-html \">\n<p style=\"text-align: center;\"><b>Productivisme<\/b><b>, <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Mobilisation de toutes les \u00e9nergies\u00a0disponibles<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sandrine Aumercier<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ob-section ob-section-html \">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au sein des milieux militants, le\u00a0productivisme est souvent compris comme l\u2019exc\u00e8s, la gabegie de production de marchandises inutiles, et comme l\u2019id\u00e9ologie de la production pour la production. On y oppose \u2013 notamment dans le courant de la d\u00e9croissance \u2013 la r\u00e9duction consciente de la production et de la consommation, ainsi que la critique de l\u2019id\u00e9ologie de la croissance. Il est vrai que cette id\u00e9ologie de la croissance est soutenue par tout le spectre politique. Mais cette critique semble supposer que nous faisons une erreur intellectuelle, que nous ne comprenons pas que \u00ab\u00a0trop c\u2019est trop\u00a0\u00bb, et que cette erreur serait aliment\u00e9e par des d\u00e9cideurs avides de pouvoir et de profit. Il faudrait donc d\u00e9fendre et imposer la vertu du \u00ab\u00a0moins\u00a0\u00bb. Je voudrais montrer que le fond du probl\u00e8me se situe ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le productivisme est une\u00a0<i>machine \u00e0 d\u00e9vorer le monde<\/i>\u00a0qui tourne d\u00e9sormais avec ou sans notre consentement. Mais si les m\u00e9taphores de la machine, de la \u00ab\u00a0m\u00e9gamachine\u00a0\u00bb (Lewis Mumford), ou du \u00ab\u00a0sujet automate\u00a0\u00bb (Karl Marx) ont quelque chose \u00e0 nous dire, c\u2019est parce que la machine n\u2019est pas du tout une m\u00e9taphore justement. Elle est au centre des rapports de production modernes, tellement au centre que ces rapports de production sont eux-m\u00eames devenus une machine que nous n\u2019avons plus les moyens d\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dire que le syst\u00e8me social se comporte comme une machine que nous ne savons plus arr\u00eater risque d\u2019aboutir \u00e0 une conclusion fataliste. Ce n\u2019est pas mon but. Mon but est de mettre en \u00e9vidence le paradoxe que tout emball\u00e9e et tout hors de contr\u00f4le qu\u2019elle soit, cette machine est quand m\u00eame\u00a0<i>incapable de tourner toute seule<\/i>. Premi\u00e8rement, une machine ne peut jamais d\u00e9marrer toute seule, elle doit toujours avoir \u00e9t\u00e9 programm\u00e9e par un humain, et deuxi\u00e8mement, une fois qu\u2019elle est mise en route, elle est incapable de continuer \u00e0 tourner sans \u00e9nergie. Les deux points que je viens d\u2019\u00e9noncer sont fondamentaux. Ce d\u00e9marrage est un fait historique et ce sont les humains \u2013 pas les dieux ou la nature \u2013 qui ont cr\u00e9\u00e9 la m\u00e9gamachine. Et cette m\u00e9gamachine ne continue \u00e0 tourner qu\u2019avec la mobilisation combin\u00e9e de toutes les \u00e9nergies existantes, qui peu \u00e0 peu transforment le monde en poubelle, c\u2019est-\u00e0-dire en entropie maximale. Il faut donc comprendre le r\u00f4le de l\u2019\u00e9nergie et le r\u00f4le du travail dans le mode de production capitaliste, ainsi que le rapport entre les deux, pour y situer l\u2019imp\u00e9ratif de productivit\u00e9 moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On suppose souvent qu\u2019il suffirait de confier l\u2019organisation de la production aux personnes raisonnables, progressistes et non motiv\u00e9es par le profit ou aux classes opprim\u00e9es, pour que les probl\u00e8mes \u00e9cologiques et \u00e9nerg\u00e9tiques soient r\u00e9solus. Ce ne sont pas, dit-on, les technologies propres qui manqueraient pour r\u00e9pondre \u00e0 nos besoins. Je veux montrer que ce n\u2019est pas le cas. La question de l\u2019\u00e9nergie nous aide \u00e0 comprendre pourquoi aucune technologie n\u2019est propre et pourquoi la crise \u00e9nerg\u00e9tique fondamentale dans laquelle nous nous enfon\u00e7ons ne conna\u00eet pas de solution. \u00c0 partir des concepts de la thermodynamique ainsi que de celui du travail en \u00e9conomie politique, je souhaite montrer pourquoi la croyance en une \u00ab r\u00e9appropriation \u00e9mancipatrice des moyens de production \u00bb est une illusion et pourquoi nous devons viser une rupture beaucoup plus radicale que les am\u00e9nagements pr\u00f4n\u00e9s par l\u2019\u00e9cologie politique, la d\u00e9croissance ou l\u2019\u00e9cosocialisme.<\/p>\n<p><b>Qu\u2019est-ce que l\u2019\u00e9nergie ?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la vie de tous les jours, on parle de l\u2019\u00e9nergie comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une r\u00e9serve de quelque chose de concret, par exemple tant de tonnes de p\u00e9trole. Or, le p\u00e9trole n\u2019est pas de l\u2019\u00e9nergie \u00ab en soi \u00bb. Il s\u2019agit simplement d\u2019une huile min\u00e9rale compos\u00e9e d\u2019hydrocarbures, issues de la transformation de mati\u00e8res organiques au cours de millions d\u2019ann\u00e9es. Le fait qu\u2019une certaine quantit\u00e9 de cette substance se trouve sous terre et qu\u2019on puisse en faire la combustion ne signifie pas que c\u2019est sa destination naturelle. M\u00eame si l\u2019usage sporadique en \u00e9tait connu depuis l\u2019Antiquit\u00e9, ce n\u2019est qu\u2019au cours de la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle qu\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer les hydrocarbures, \u00e0 l\u2019\u00e9poque surtout le charbon, comme une r\u00e9serve de quelque chose \u00e0 br\u00fbler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e s\u2019est alors impos\u00e9e que les r\u00e9serves g\u00e9ophysiques \u00e9taient limit\u00e9es et que l\u2019on se dirigeait in\u00e9vitablement vers leur \u00e9puisement. Tous les \u00e9conomistes avertissent de cela depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e9poque industrielle. Cette id\u00e9e d\u2019une r\u00e9serve limit\u00e9e est assez trompeuse, car elle ne tient pas compte de la dimension\u00a0<i>processuelle<\/i>\u00a0de la production industrielle, c\u2019est-\u00e0-dire du type de rapport social qui la sous-tend. Porter l\u2019attention sur cette seule dimension de \u00ab stock physique \u00bb conduit \u00e0 naturaliser les rapports sociaux en ne les consid\u00e9rant que comme des\u00a0<i>activit\u00e9s naturelles confront\u00e9es \u00e0 des limites naturelles<\/i>. Toutefois, rappelons-nous que ces activit\u00e9s n\u2019ont rien de naturel et que la limitation absolue des ressources n\u2019a jamais int\u00e9ress\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 ant\u00e9rieure. Une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est soumise \u00e0 aucun imp\u00e9ratif de production peut certes rencontrer des p\u00e9nuries locales mais elle ne se pr\u00e9occupe pas de la diminution du stock absolu. C\u2019est parce que l\u2019\u00e9conomie moderne a pour horizon la totalit\u00e9 de la plan\u00e8te et l\u2019exploitation de tout de ce qui existe qu\u2019elle a commenc\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 d\u00e9velopper une nouvelle conception de la nature comme d\u2019un stock de ressources limit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je parlais du p\u00e9trole. Prenons un autre exemple. Qu\u2019est-ce que le vent ? On parle d\u2019\u00e9nergie \u00e9olienne, mais le vent n\u2019est pas non plus une source d\u2019\u00e9nergie en soi, mais un simple mouvement de l\u2019air dans l\u2019atmosph\u00e8re terrestre. Il est vrai que les \u00e9oliennes permettent de transformer l\u2019\u00e9nergie cin\u00e9tique du vent en \u00e9lectricit\u00e9. Mais pour produire de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, il a d\u2019abord fallu inventer le courant continu (Allessandro Volta), le g\u00e9n\u00e9rateur \u00e9lectrique (Michael Faraday) et les syst\u00e8mes de stockage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien \u00e0 voir donc avec l\u2019ancien moulin \u00e0 vent, qui n\u2019op\u00e9rait pas de\u00a0<i>conversion\u00a0<\/i>d\u2019\u00e9nergie d\u2019une forme vers une autre, mais un simple transfert d\u2019\u00e9nergie cin\u00e9tique\u00a0: il transmettait l\u2019\u00e9nergie cin\u00e9tique du vent au mouvement des ailes du moulin. Il n\u2019avait pas besoin de la notion d\u2019\u00e9nergie pour fonctionner.\u00a0<i>Les syst\u00e8mes modernes de conversion et de stockage d\u2019\u00e9nergie, en revanche, ont pour condition pr\u00e9alable une notion correspondante de l\u2019\u00e9nergie<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et qu\u2019est-ce que l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire ? Un noyau atomique n\u2019est pas destin\u00e9 par nature \u00e0 devenir une source d\u2019\u00e9nergie. La lib\u00e9ration d\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire peut certes se produire naturellement par des r\u00e9actions de fusion nucl\u00e9aire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des \u00e9toiles \u2013 par exemple le Soleil \u2013 ainsi que par fission nucl\u00e9aire dans le cadre de la radioactivit\u00e9 naturelle. Mais pour parler d\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire, il faut une conception de l\u2019\u00e9nergie et un projet visant \u00e0 lib\u00e9rer cette \u00e9nergie nucl\u00e9aire, ainsi qu\u2019une science et une infrastructure appropri\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et l\u2019\u00e9nergie solaire enfin ? Sommes-nous au seuil d\u2019une \u00e8re de \u00ab communisme solaire \u00bb, comme certains le souhaitent ou le pr\u00e9disent ? Le rayonnement solaire rend la vie possible sur Terre gr\u00e2ce au transfert d\u2019\u00e9nergie lumineuse et thermique. Les photons sont des ondes \u00e9lectromagn\u00e9tiques qui transportent de l\u2019\u00e9nergie. Ils transmettent contin\u00fbment cette \u00e9nergie \u00e0 la mati\u00e8re. Il est \u00e0 l\u2019origine de la plupart des sources d\u2019\u00e9nergie terrestres. Cette source d\u2019\u00e9nergie colossale n\u2019est toutefois exploitable au sens moderne du terme qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 convertie en \u00e9lectricit\u00e9, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019effet photovolta\u00efque, d\u00e9couvert \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Pour faire du soleil un \u00ab dieu de l\u2019\u00e9nergie \u00bb, il ne suffit pas de recevoir des photons. Il faut un monde recouvert, tout simplement, d\u2019innombrables installations solaires, batteries et appareils \u00e9lectriques. Et ce, avec un rendement bien inf\u00e9rieur \u00e0 ce que peuvent offrir les hydrocarbures\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la notion d\u2019\u00e9nergie permet d\u2019appr\u00e9hender tous les processus physiques \u00e0 travers un concept unificateur : celui d\u2019une quantit\u00e9 abstraite de quelque chose pouvant \u00eatre transform\u00e9e d\u2019une forme en une autre\u00a0<i>afin d\u2019effectuer un travail<\/i>. Mais cela ne va jamais sans un syst\u00e8me de conversion et jamais sans une multitude d\u2019\u00e9tapes technologiques qui mettent en route toute une spirale industrielle et technico-scientifique. Il n\u2019est donc pas possible de consid\u00e9rer ma petite consommation d\u2019\u00e9nergie individuelle, par exemple cette ampoule basse consommation ou cette machine \u00e0 laver, ind\u00e9pendamment de l\u2019immense syst\u00e8me de rapports qui la rend possible. C\u2019est l\u00e0 une diff\u00e9rence essentielle avec tous les processus pr\u00e9modernes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans toutes les formes d\u2019\u00e9nergie que nous venons d\u2019\u00e9voquer, on constate que l\u2019\u00e9nergie n\u2019est pas quelque chose qui est \u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0 l\u00e0\u00a0\u00bb, mais quelque chose d\u2019abstrait que l\u2019on tente de mat\u00e9rialiser, de se procurer, \u00e0 travers d\u2019immenses syst\u00e8mes techniques, et ce, pour effectuer un travail. \u00ab Se procurer de l\u2019\u00e9nergie \u00bb m\u00e9rite donc des guillemets. En effet, le premier principe de la thermodynamique stipule que l\u2019\u00e9nergie totale d\u2019un syst\u00e8me ferm\u00e9 reste conserv\u00e9e. Lorsqu\u2019un syst\u00e8me n\u2019est pas ferm\u00e9, ce qui est le cas de tous les syst\u00e8mes que nous connaissons, il \u00e9change de l\u2019\u00e9nergie avec son environnement. Cet \u00e9change d\u2019\u00e9nergie ne modifie toutefois en rien la quantit\u00e9 totale d\u2019\u00e9nergie \u00e9chang\u00e9e lors de la transformation du syst\u00e8me. En d\u2019autres termes : l\u2019\u00e9nergie n\u2019est ni cr\u00e9\u00e9e ni d\u00e9truite. Sa quantit\u00e9 totale reste constante partout et \u00e0 tout moment. Il est donc important d\u2019avoir \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on ne se \u00ab\u00a0procure\u00a0\u00bb pas de l\u2019\u00e9nergie, on se donne simplement les moyens de capter et utiliser l\u2019\u00e9nergie existante gr\u00e2ce \u00e0 des convertisseurs.<\/p>\n<p>J\u2019aime citer la phrase que disait le prix Nobel de physique Richard Feynman \u00e0 ses \u00e9tudiants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Il existe un principe, ou si vous pr\u00e9f\u00e9rez, une loi, qui r\u00e9git tous les ph\u00e9nom\u00e8nes naturels connus \u00e0 ce jour. Il n\u2019existe aucune exception connue \u00e0 cette loi : elle est, pour autant que nous le sachions, absolue. Cette loi s\u2019appelle la conservation de l\u2019\u00e9nergie. Elle stipule qu\u2019il existe une certaine quantit\u00e9, que nous appelons \u00e9nergie, qui n\u2019est pas modifi\u00e9e durant les multiples transformations que subit la nature. C\u2019est une id\u00e9e des plus abstraites, car il s\u2019agit d\u2019un principe math\u00e9matique ; ce principe \u00e9nonce qu\u2019il existe une quantit\u00e9 num\u00e9rique qui ne change pas lorsque quelque chose se produit. Il ne s\u2019agit pas de la description d\u2019un m\u00e9canisme, ni de quoi que ce soit de concret ; c\u2019est simplement un fait \u00e9trange : nous pouvons calculer un certain nombre et, lorsque nous avons fini de regarder la nature faire ses tours de passe-passe et que nous calculons \u00e0 nouveau ce nombre, il est le m\u00eame. [\u2026] Il est important de savoir que nous n\u2019avons aucune connaissance de ce qu\u2019est l\u2019\u00e9nergie dans la physique d\u2019aujourd\u2019hui.\u00a0\u00bb<sup>\u00a0<\/sup><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que ne dit pas Richard Feynman, parce qu\u2019il n\u2019est pas historien, c\u2019est que l\u2019id\u00e9e de mesurer les ph\u00e9nom\u00e8nes naturels \u00e0 partir de la notion d\u2019\u00e9nergie n\u2019a rien d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 absolue.\u00a0<i>La d\u00e9finition la plus simple de l\u2019\u00e9nergie est qu\u2019elle mesure la capacit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me \u00e0 modifier un \u00e9tat ou \u00e0 effectuer un travail<\/i>. Sans notion de travail \u00e0 effectuer et \u00e0 comparer, la notion d\u2019\u00e9nergie n\u2019a tout simplement pas lieu d\u2019\u00eatre. Historiquement, ce n\u2019est que lorsqu\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 mesurer, rationaliser et optimiser la productivit\u00e9 qu\u2019il est devenu indispensable de parler d\u2019\u00e9nergie, car pour faire tourner les machines, il faut de l\u2019\u00e9nergie. C\u2019est \u00e0 ce moment que na\u00eet le fantasme qu\u2019il existe une \u00e9nergie \u2013 notamment solaire \u2013 en quantit\u00e9 illimit\u00e9e, \u00e0 condition seulement que nous apprenions \u00e0 la capter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9nergie n\u2019est donc pas quelque chose qui pr\u00e9existe d\u2019un point de vue ontologique, mais quelque chose qui est constitu\u00e9 par un certain prisme social, un certain rapport instrumental au monde. Pour \u00eatre exploit\u00e9e, l\u2019\u00e9nergie doit d\u2019abord \u00eatre rendue utilisable. Contrairement \u00e0 toutes les id\u00e9es re\u00e7ues, elle n\u2019est pas disponible sous forme de r\u00e9serve d\u2019\u00e9nergie naturelle. Elle n\u2019est\u00a0<i>constitu\u00e9e<\/i>\u00a0en tant que telle que par des infrastructures d\u00e9di\u00e9es. Cela n\u00e9cessite des ing\u00e9nieurs et des scientifiques, mais aussi un certain mode de production, qui travaillent de concert pour couvrir le monde de dispositifs de conversion d\u2019\u00e9nergie, de stockage d\u2019\u00e9nergie, de transport d\u2019\u00e9nergie, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les hydrocarbures, le vent, le soleil, le noyau atomique et d\u2019autres sources d\u2019\u00e9nergie ne sont devenus des sources d\u2019\u00e9nergie qu\u2019apr\u00e8s que l\u2019organisation sociale ait, pour ainsi dire, enfil\u00e9 des lunettes \u00e9nerg\u00e9tiques. Ce ne sont pas des sources d\u2019\u00e9nergie \u00ab par nature \u00bb. Le bois peut tout aussi bien se d\u00e9composer en humus, \u00eatre sci\u00e9 pour la construction ou br\u00fbl\u00e9 pour produire de la chaleur. D\u2019un point de vue scientifique, tous ces processus peuvent \u00eatre d\u00e9crits comme des transformations d\u2019\u00e9nergie. Cette signification n\u2019est toutefois en aucun cas vou\u00e9e \u00e0 \u00eatre la seule et la plus importante.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ob-section ob-section-html \">\n<p><b>La mauvaise nouvelle de l\u2019entropie<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est alors qu\u2019intervient la deuxi\u00e8me loi de la thermodynamique\u00a0qui stipule qu\u2019\u00e0 chaque transformation de l\u2019\u00e9nergie, une part de cette \u00e9nergie est dissip\u00e9e en chaleur, et devient de ce fait\u00a0<i>inutilisable<\/i>\u00a0en termes de capacit\u00e9 de travail. C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019entropie. Le terme a \u00e9t\u00e9 introduit en 1865 par le physicien allemand Rudolph Clausius pour d\u00e9crire la dissipation de l\u2019\u00e9nergie lors des transformations physiques. Dissipation ne signifie pas \u00ab\u00a0perte\u00a0\u00bb\u00a0: le deuxi\u00e8me principe ne contredit pas le premier. L\u2019\u00e9nergie est donc le concept qui correspond \u00e0 une quantit\u00e9 de travail r\u00e9alisable, tandis que l\u2019entropie correspond \u00e0 une perte d\u2019utilisabilit\u00e9 qui limite la quantit\u00e9 de travail r\u00e9alisable. Alors que le principe de conservation de l\u2019\u00e9nergie paraissait une bonne nouvelle, la d\u00e9couverte de l\u2019entropie a \u00e9t\u00e9 une tr\u00e8s mauvaise nouvelle ! Il serait donc plus juste de parler de \u00ab crise de l\u2019entropie \u00bb plut\u00f4t que de \u00ab crise \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a>, mais l\u00e0 aussi, \u00e0 condition de ne pas la naturaliser en r\u00e9\u00e9crivant toute l\u2019histoire du monde du point de vue de l\u2019entropie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les optimistes du progr\u00e8s et les pessimistes antimodernes se disputent depuis plus de deux si\u00e8cles l\u2019interpr\u00e9tation de cette crise. Les premiers pensent que nous finirons un jour par renverser la tendance la plus inqui\u00e9tante gr\u00e2ce \u00e0 une solution technologique disruptive, si seulement nous sommes assez intelligents. Les seconds annoncent l\u2019apocalypse, souvent li\u00e9 \u00e0 une cosmologie de l\u2019entropie. Les deux constituent l\u2019envers et l\u2019endroit de la m\u00eame m\u00e9daille. Aucune de ces deux visions ne s\u2019int\u00e9resse r\u00e9ellement \u00e0 ce que signifient socialement l\u2019\u00e9nergie et l\u2019entropie et comment ces concepts ont \u00e9merg\u00e9 historiquement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On objecte souvent que l\u2019entropie est un ph\u00e9nom\u00e8ne universel. Tous les processus naturels produisent de l\u2019entropie, c\u2019est-\u00e0-dire une quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie qui devient inutilisable au cours des transformations naturelles. Mais la temporalit\u00e9 cosmique et terrestre, d\u2019une part, et la temporalit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9modernes et industrielles, d\u2019autre part,\u00a0<i>n\u2019ont aucune commune mesure<\/i>. De plus, le caract\u00e8re \u00e9ventuellement \u00ab\u00a0inutilisable\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9nergie n\u2019a aucune signification pour la nature et pour les soci\u00e9t\u00e9s non industrielles. Il n\u2019a de sens que pour nous. Si la Terre devient inhabitable en raison du r\u00e9chauffement climatique, cela n\u2019a aucune importance pour la nature. Elle prendra simplement d\u2019autres formes et \u00e9voluera dans d\u2019autres directions. Les innombrables ouvrages qui nous expliquent que nous sommes victimes des lois universelles de l\u2019entropie constituent une tentative de pr\u00e9senter la technologie industrielle comme le produit final d\u2019une \u00e9volution universelle et donc de \u00ab\u00a0noyer le poisson\u00a0\u00bb. Le destin de la modernit\u00e9 industrielle est pr\u00e9sent\u00e9 comme le destin de l\u2019humanit\u00e9, voire du cosmos\u00a0! Deux ordres de grandeur incommensurables sont ainsi constamment confondus. Mais l\u2019homme et la soci\u00e9t\u00e9 ne sont pas des entit\u00e9s naturelles ; les d\u00e9cisions sociales ne peuvent donc pas \u00eatre attribu\u00e9es \u00e0 une quelconque loi de la nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui a donc \u00e9t\u00e9 mis en marche avec la r\u00e9volution industrielle, c\u2019est un r\u00e9gime \u00e9nerg\u00e9tique enti\u00e8rement nouveau, qui n\u2019a rien de naturel. Il n\u2019est pas comparable au cycle naturel de la biosph\u00e8re, qui ne produit pas de \u00ab\u00a0d\u00e9chets\u00a0\u00bb, contrairement \u00e0 la production industrielle. La diff\u00e9rence r\u00e9side dans la finalit\u00e9 productiviste qui constitue le rapport social, tant dans le capitalisme que dans les pays socialistes. Cette finalit\u00e9 consiste en l\u2019imp\u00e9ratif de production, c\u2019est-\u00e0-dire la n\u00e9cessit\u00e9 de produire rapidement, efficacement et \u00e0 des \u00e9chelles toujours plus grandes. La biosph\u00e8re ne poursuit pas une telle finalit\u00e9. Les soci\u00e9t\u00e9s pass\u00e9es non plus. Elles ont certes produit des biens, mais en partant d\u2019autres finalit\u00e9s sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi la production capitaliste, et elle seule, instaure une nouvelle temporalit\u00e9, qui se refl\u00e8te \u00e0 son tour dans son entropie. L\u2019entropie mesure un degr\u00e9 d\u2019indisponibilit\u00e9, d\u2019inutilisabilit\u00e9, qui d\u00e9signe \u00e9galement le degr\u00e9 d\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 temporelle. Autrefois, lorsque la for\u00eat \u00e9tait d\u00e9frich\u00e9e, il fallait une ou plusieurs g\u00e9n\u00e9rations pour r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre. En revanche, lorsque les r\u00e9serves de p\u00e9trole et de gaz seront \u00e9puis\u00e9es, il faudra des millions d\u2019ann\u00e9es pour qu\u2019elles se reconstituent. Nous mangeons donc notre futur. Se r\u00e9f\u00e9rer ici \u00e0 des exemples plus anciens de destruction de l\u2019environnement, qui sont bel et bien attest\u00e9s, est une excuse facile. Car l\u2019objectif principal des soci\u00e9t\u00e9s ant\u00e9rieures n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 la production mondialis\u00e9e de marchandises ! Elles ne pouvaient donc pas subir le r\u00e9chauffement climatique, la disparition de la biodiversit\u00e9 ni la transformation de la plan\u00e8te en poubelle. Seule la modernit\u00e9 nous place au centre d\u2019un sablier qui se dirige inexorablement vers le point mort. Mais ceci n\u2019a rien d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 anthropologique si on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019incroyable diversit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s humaines.<\/p>\n<p><b>La focalisation erron\u00e9e sur les \u00e9nergies fossiles<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me du r\u00e9chauffement climatique a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de cr\u00e9er une nouvelle vertu \u00e9nerg\u00e9tique, celle des \u00ab\u00a0\u00e9nergies renouvelables\u00a0\u00bb. Or cette expression induit gravement en erreur : aucune \u00e9nergie n\u2019est \u00ab renouvelable \u00bb puisque l\u2019\u00e9nergie totale se trouve toujours en quantit\u00e9 constante. Cette expression nous fait croire \u00e0 une source d\u2019\u00e9nergie naturellement in\u00e9puisable. Or le probl\u00e8me de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle ne r\u00e9side pas dans\u00a0<i>l\u2019existence<\/i>\u00a0de sources d\u2019\u00e9nergie, comme on l\u2019a dit, puisque l\u2019\u00e9nergie reste de toute fa\u00e7on constante, mais dans la\u00a0<i>capture de l\u2019\u00e9nergie<\/i>, capture qui suppose une invention pr\u00e9alable du concept d\u2019\u00e9nergie. Or c\u2019est avec la capture, le stockage et la distribution que les probl\u00e8mes commencent. Les photons du soleil constituent bien si on veut une source d\u2019\u00e9nergie \u00ab\u00a0renouvelable\u00a0\u00bb, du moins aussi longtemps que le soleil existera, mais les syst\u00e8mes de capture, de conversion et de stockage, eux,\u00a0<i>ne sont pas<\/i>\u00a0renouvelables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De fait, la pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb n\u2019est pas destin\u00e9e \u00e0 sauver le climat. Elle est destin\u00e9e \u00e0 poursuivre le m\u00eame r\u00e9gime \u00e9nerg\u00e9tique sur d\u2019autres bases \u00e9nerg\u00e9tiques que les hydrocarbures, \u00e9tant donn\u00e9 que les r\u00e9serves de p\u00e9trole sont entr\u00e9es dans leur phase de d\u00e9clin. Chacun conna\u00eet la courbe en forme de cloche qui fut pr\u00e9sent\u00e9e par Marion Hubbert King dans les ann\u00e9es 50 et qui annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 le pic du p\u00e9trole. Or le pic de p\u00e9trole conventionnel pourrait avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9 en 2006 si l\u2019on en croit un rapport de l\u2019Agence Internationale de l\u2019\u00c9nergie (AIE). L\u2019exploitation croissante de p\u00e9trole non conventionnel se met alors \u00e0 retarder le pic de p\u00e9trole, tous p\u00e9troles confondus. Les estimations sur la fin du p\u00e9trole d\u00e9pendent bien s\u00fbr de nombreux facteurs, tels que les gisements non conventionnels (comme les sables bitumineux et autres), les nouvelles technologies d\u2019exploitation, l\u2019incertitude quant aux r\u00e9serves r\u00e9elles, etc. Mais une chose est s\u00fbre : elles sont en quantit\u00e9 limit\u00e9e sur la Terre et elles s\u2019\u00e9puiseront t\u00f4t ou tard. Cette r\u00e9alit\u00e9 est in\u00e9luctable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me du climat semble entretemps devenu ce que Matthieu Auzanneau appelle\u00a0<b>\u00ab<\/b>\u00a0un cache-mis\u00e8re devant les difficult\u00e9s croissantes \u00e0 trouver de nouvelles sources intactes et \u00e9conomiquement exploitables de p\u00e9trole<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. On a ainsi le parfait alibi pour promouvoir une apparente reconversion de la production fossile vers de nouvelles formes d\u2019\u00e9nergie. N\u2019est-il pas d\u00e9licieux de voir Total changer de nom pour devenir TotalEnergies (2021) et se mettre \u00e0 produire des \u00e9nergies renouvelables \u2013 non pas \u00e0 la place mais en sus du p\u00e9trole ? Certains d\u00e9noncent \u00e0 cet endroit le\u00a0<i>greenwashing<\/i>. Mais cette d\u00e9nonciation est le plus souvent li\u00e9e \u00e0 la croyance que tout se r\u00e9soudrait si seulement on abandonnait totalement les \u00e9nergies fossiles pour ne produire que des \u00e9nergies dites \u00ab\u00a0renouvelables\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est tr\u00e8s surprenant si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse s\u00e9rieusement \u00e0 ce que signifierait une \u00e9lectrification compl\u00e8te du monde\u00a0: excavations gigantesques de m\u00e9taux avec des quantit\u00e9s monstrueuses de d\u00e9chets, empoisonnement permanent des sols et des eaux, pollution de l\u2019air, construction d\u2019innombrables routes et infrastructures suppl\u00e9mentaires, traitement et raffinage industriel polluants et co\u00fbteux en eau, en \u00e9nergie et en d\u00e9chets industriels inassimilables, et finalement un h\u00e9ritage de millions d\u2019anciennes mines abandonn\u00e9es, sans compter l\u2019expulsion ou la \u00ab relocalisation \u00bb des populations. Tout cela n\u2019est en aucun cas moins d\u00e9vastateur que le r\u00e9chauffement climatique, sans parler du fait que cela ne limite pas le r\u00e9chauffement mais ne fait que s\u2019y ajouter. Le verdict d\u2019Aurore Stephant, ing\u00e9nieure et consultante en g\u00e9ologie mini\u00e8re, est sans appel : il n\u2019y a pas de mine propre et les d\u00e9vastations mini\u00e8res ne sont pas moindres que celles dues au r\u00e9chauffement climatique<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a indubitablement des am\u00e9liorations technologiques et des l\u00e9gislations environnementales. Mais elles ne compensent en aucun cas l\u2019extraction toujours plus complexe et destructrice des mati\u00e8res premi\u00e8res. Les m\u00e9taux recherch\u00e9s pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique se trouvent en concentration toujours plus faible dans la partie accessible de la cro\u00fbte terrestre. La quantit\u00e9 de d\u00e9chets miniers est ainsi estim\u00e9e \u00e0 200 milliards de tonnes par an et doit \u00eatre multipli\u00e9e par cinq dans les prochaines d\u00e9cennies\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant la diminution de concentration dans les minerais et la prise en compte de l\u2019ensemble des processus industriels, on parle d\u2019EROI (en anglais\u00a0: Energy Returned on Energy Invested), qui d\u00e9signe le rapport entre l\u2019\u00e9nergie obtenue et l\u2019\u00e9nergie investie pour l\u2019obtenir. L\u2019EROI des hydrocarbures ne cesse de diminuer. Celui des \u00e9nergies renouvelables, qui est de toute fa\u00e7on nettement inf\u00e9rieur, diminue \u00e9galement. Et ce, alors que la pr\u00e9tendue \u00ab transition \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb devrait conduire, selon l\u2019AIE, \u00e0 une multiplication par six des besoins en min\u00e9raux critiques dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que l\u2019on tienne compte des besoins croissants en m\u00e9taux, de la croissance des infrastructures et de la multiplication des \u00e9tapes de transformation, et alors l\u2019utilisation exclusive d\u2019\u00e9nergies dites \u00ab\u00a0renouvelables\u00a0\u00bb s\u2019av\u00e8re une simple utopie. Le solde en est un volume ph\u00e9nom\u00e9nal de d\u00e9chets et de pollutions, pour la plupart irr\u00e9parables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9\u00a0: plus la concentration en min\u00e9raux diminue, plus l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019extraction mini\u00e8re augmente (outre l\u2019\u00e9norme quantit\u00e9 d\u2019eau n\u00e9cessaire et une large utilisation de produits chimiques toxiques), ceci alors que le remplacement annonc\u00e9 des \u00e9nergies fossiles (qui repr\u00e9sentent encore 80% de la consommation totale d\u2019\u00e9nergie dans le monde) n\u00e9cessite toujours plus de m\u00e9taux critiques, et ceci alors que la consommation mondiale d\u2019\u00e9nergie devrait doubler d\u2019ici 2050<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a>\u00a0! Pour le dire plus simplement, il faut toujours plus d\u2019\u00e9nergie pour obtenir de l\u2019\u00e9nergie, et ce alors que les besoins ne cessent d\u2019augmenter. Comment y arriver, m\u00eame avec la meilleure volont\u00e9 du monde\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci confirme une r\u00e9alit\u00e9 historique : il n\u2019y a jamais eu de transition \u00e9nerg\u00e9tique. La consommation de diff\u00e9rentes sources d\u2019\u00e9nergie n\u2019a jamais cess\u00e9 de s\u2019empiler depuis la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle. Par exemple, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait penser, on n\u2019a jamais, historiquement, consomm\u00e9 autant de charbon et de bois qu\u2019\u00e0 l\u2019heure actuelle<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a>. Rien d\u2019\u00e9tonnant, donc, \u00e0 ce que les Verts allemands, lorsqu\u2019ils ont fait partie de la coalition gouvernementale, aient soutenu la production de charbon et aient prolong\u00e9 le fonctionnement des centrales nucl\u00e9aires, pendant que, dans le m\u00eame temps, l\u2019Allemagne d\u00e9cuplait sa production d\u2019\u00e9nergies renouvelables ! Rien d\u2019\u00e9tonnant non plus \u00e0 ce que la Chine soit le premier producteur mondial de charbon, mais\u00a0<i>en m\u00eame temps<\/i>\u00a0le premier producteur mondial d\u2019\u00e9nergies renouvelables ! On ne peut pas s\u2019\u00e9tonner non plus si, durant le mandat de Joe Biden \u2013 le champion du retour dans les Accords de Paris \u2013 les USA ont connu une production de production de p\u00e9trole et de gaz sup\u00e9rieure \u00e0 celle qui est relev\u00e9e durant le premier mandat du n\u00e9gationniste climatique Donald Trump, ce qui n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 les USA de d\u00e9cupler les investissements dans les \u00e9nergies renouvelables<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote7sym\"><sup>7<\/sup><\/a>. Ces contradictions sont parfaitement logiques du point de vue de l\u2019histoire de l\u2019\u00e9nergie. Elles n\u2019ont rien \u00e0 voir avec la volont\u00e9 des uns et des autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elles sont structurelles depuis la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne historique est accompagn\u00e9 d\u2019une synergie de consommation syst\u00e9mique de toutes les mati\u00e8res premi\u00e8res existantes. Le\u00a0<i>peak oil<\/i>\u00a0est donc suivi, comme son ombre, d\u2019un autre pic dont personne ne parle volontiers : le \u00ab\u00a0pic de tout\u00a0\u00bb (<i>peak everything<\/i>)<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote8sym\"><sup>8<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La p\u00e9nurie de m\u00e9taux critiques tels que le lithium ou le cobalt, ainsi que de mati\u00e8res premi\u00e8res comme le phosphore, le sable ou l\u2019eau douce, bref de tout ce qui existe, se profile dramatiquement, que ce soit dans quelques d\u00e9cennies ou dans quelques si\u00e8cles. La pr\u00e9tendue substitution de certaines ressources \u00e9nerg\u00e9tiques par d\u2019autres ou de certaines ressources critiques par d\u2019autres ne constitue en aucun cas la solution au probl\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique. Elle ne fait que continuer \u00e0 ronger le monde\u00a0<i>\u00e0 un autre endroit<\/i>. Elle n\u2019apporte pas de \u00ab transition \u00bb, mais aggrave la spirale des besoins \u00e9nerg\u00e9tiques nouvellement cr\u00e9\u00e9s, qui s\u2019ajoutent aux pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019erreur magistrale des mouvements pour le climat est donc qu\u2019ils pr\u00f4nent essentiellement le renoncement \u00e0 la combustion, assorti de sobri\u00e9t\u00e9. Je cite ici un \u00e9minent professeur d\u2019ing\u00e9nierie civile et environnementale, qui a d\u00e9velopp\u00e9 un mod\u00e8le \u2013 controvers\u00e9 \u2013 visant \u00e0 remplacer toutes les sources d\u2019\u00e9nergie existantes par des \u00e9nergies dites renouvelables : \u00ab La combustion est le probl\u00e8me \u00bb<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote9sym\"><sup>9<\/sup><\/a>, dit-il. Ceci est compl\u00e8tement faux. Le probl\u00e8me n\u2019est pas qu\u2019on br\u00fble quelque chose, disons tant de tonnes de p\u00e9trole, mais que toute la production moderne est soumise \u00e0 une abstraction physique appel\u00e9e \u00ab\u00a0\u00e9nergie\u00a0\u00bb. Comme je le disais au d\u00e9but, il est n\u00e9cessaire de quitter la vision statique de stock, qui est naturaliste, pour s\u2019int\u00e9resser aux cat\u00e9gories qui gouvernent les processus industriels et leur dynamique historique. \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 creuse le m\u00eame gouffre entropique que les \u00e9nergies fossiles. C\u2019est l\u2019abstraction \u00e9nerg\u00e9tique qui a transform\u00e9 le monde en une immense r\u00e9serve de ressources destin\u00e9e par d\u00e9finition \u00e0 s\u2019\u00e9puiser progressivement.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ob-section ob-section-html \">\n<p><b>La cat\u00e9gorie de travail dans le capitalisme<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les historiens n\u2019ont pas manqu\u00e9 de remarquer que la notion moderne d\u2019\u00e9nergie est apparue dans le sillage de la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote10sym\"><sup>10<\/sup><\/a>. Le terme \u00ab \u00e9nergie \u00bb a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour la toute premi\u00e8re fois par Jean Bernoulli au d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle (1717) pour d\u00e9signer ce que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui le travail m\u00e9canique. Il a fallu encore un si\u00e8cle et demi pour que ce terme acqui\u00e8re une base th\u00e9orique solide qui le distingue de la notion de travail, bien qu\u2019il lui soit indissociablement li\u00e9, comme on va le voir maintenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a dit que l\u2019\u00e9nergie est la mesure de la capacit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me \u00e0 modifier un \u00e9tat ou effectuer un travail. Mais qu\u2019est-ce donc que ce travail \u00e0 effectuer ? C\u2019est bien en s\u2019inspirant de la d\u00e9finition du travail humain que les ing\u00e9nieurs de la fin du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle ont progressivement d\u00e9velopp\u00e9 une nouvelle notion de travail en physique. C\u2019est cette notion de travail qui a permis de d\u00e9finir de mieux en mieux la notion d\u2019\u00e9nergie. La nouvelle notion de travail en physique reposait sur la recherche d\u2019efficacit\u00e9 des nouvelles machines, notamment de la machine \u00e0 vapeur. En 1829, l\u2019ing\u00e9nieur Gaspard-Gustave Coriolis d\u00e9cida d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de d\u00e9signer par le terme de \u00ab travail \u00bb ce que les m\u00e9caniciens appelaient jusqu\u2019alors \u00ab quantit\u00e9 d\u2019action \u00bb, \u00ab puissance m\u00e9canique \u00bb ou \u00ab force \u00bb<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote11sym\"><sup>11<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas hasard. Le mod\u00e8le de cette nouvelle conception du travail \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans son environnement social. Il s\u2019agissait d\u00e9j\u00e0 de r\u00e9duire le travail humain \u00e0 sa dimension physique, \u00e0 savoir sa dimension de performance m\u00e9canique. La dimension sensorielle, psychologique, symbolique ou \u00e9thique d\u2019une activit\u00e9 devenait ainsi secondaire, voire \u00e9tait compl\u00e8tement abandonn\u00e9e. Elle \u00e9tait remplac\u00e9e par l\u2019objectif principal, qui consiste \u00e0 rationaliser et \u00e0 accro\u00eetre la production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx parle du travail humain comme d\u2019 \u00ab une d\u00e9pense de cerveau, de nerf, de muscle, d\u2019organe sensoriel, etc.<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote12sym\"><sup>12<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Or, dans le capitalisme, et uniquement dans le capitalisme, cette d\u00e9pense est en m\u00eame temps cr\u00e9atrice de valeur. Le travail cr\u00e9e de la valeur en produisant des marchandises qui sont des valeurs d\u2019\u00e9change : le travailleur vend une partie de sa force de travail au propri\u00e9taire des moyens de production, qui investit dans des moyens de production afin que des marchandises soient produites et vendues. La concurrence oblige chaque d\u00e9tenteur de capital \u00e0 \u00eatre plus comp\u00e9titif que les autres sous peine de dispara\u00eetre du march\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La force de travail qui fait l\u2019objet d\u2019une vente est homog\u00e9n\u00e9is\u00e9e par la moyenne sociale du temps de travail n\u00e9cessaire \u00e0 la production d\u2019une marchandise donn\u00e9e, car sur le march\u00e9 capitaliste on ne peut pas vendre un pull tricot\u00e9 \u00e0 la main si le temps de travail moyen socialement n\u00e9cessaire\u00a0\u00e0 la fabrication d\u2019un pull est dict\u00e9 par sa production en 500\u00a0000 exemplaires dans n\u2019importe quelle usine automatis\u00e9e. Mais la rationalisation constante de la moyenne du temps de travail socialement n\u00e9cessaire atteint rapidement un plafond : un \u00eatre humain ne dispose que de 24 heures par jour, et m\u00eame de bien moins que cela si on d\u00e9duit le temps de sa propre reproduction. Marx appelle \u00ab plus-value absolue \u00bb la plus-value obtenue gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019allongement de la journ\u00e9e de travail. D\u00e8s que sa limite a \u00e9t\u00e9 atteinte, il a fallu trouver un autre moyen de repousser cette limite physique. Marx l\u2019appelle la \u00ab plus-value relative \u00bb. Dans les deux cas, il s\u2019agit de \u00ab gagner du temps \u00bb, soit en prolongeant le temps de travail non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, soit en rationalisant ce m\u00eame temps de travail par l\u2019introduction de machines beaucoup plus efficaces qu\u2019un humain. Il s\u2019agit bien s\u00fbr ici du temps au sens industriel, qui est tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment le temps de l\u2019entropie, celui qui d\u00e9vore notre avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plus-value relative d\u00e9signe donc la possibilit\u00e9 d\u2019avoir un meilleur rendement pour un temps de travail identique, en faisant d\u00e9sormais accomplir une grosse part du travail par des machines. La n\u00e9cessit\u00e9 constante d\u2019introduire de nouvelles machines, de nouvelles innovations, vient de l\u2019aiguillon de la concurrence. Aucun capitaliste ne peut rester les bras crois\u00e9s car il est \u00e0 tout moment menac\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9 par un concurrent en termes de productivit\u00e9. Il doit donc toujours s\u2019efforcer d\u2019avoir une longueur d\u2019avance en innovant constamment pour augmenter sa productivit\u00e9. Du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9 prise en totalit\u00e9, ceci alimente une course sans fin qui est le v\u00e9ritable noyau de la compulsion de productivit\u00e9 et de croissance. Seulement, en transf\u00e9rant le travail humain sur les machines, que Marx appelle le \u00ab\u00a0travail mort\u00a0\u00bb, la limite n\u2019est plus seulement la journ\u00e9e biologique de 24 heures mais la totalit\u00e9 de la plan\u00e8te Terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9sormais, la comp\u00e9titivit\u00e9 pousse \u00e0 \u00eatre le premier \u00e0 mettre sur le march\u00e9 une technologie de production plus efficace que les concurrents. Cela permet d\u2019acqu\u00e9rir une avance sur le march\u00e9, du moins jusqu\u2019\u00e0 ce que cette technologie se soit g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Le travail d\u2019un \u00eatre humain et celui d\u2019une machine sont rendus \u00e9quivalents en termes de performance mesurable, r\u00e9duits \u00e1 leur commun d\u00e9nominateur \u00e9nerg\u00e9tique<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote13sym\"><sup>13<\/sup><\/a>. Ce n\u2019est donc pas un hasard si l\u2019on a choisi le m\u00eame terme pour d\u00e9signer ces deux inventions : le travail m\u00e9canique en physique et le travail abstrait dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le seul but de la production capitaliste est la poursuite du plus haut niveau de productivit\u00e9, afin de se maintenir concr\u00e8tement dans la concurrence. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que permet la conception sous-jacente de l\u2019\u00e9nergie. \u00c0 la fin du XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, on s\u2019acharne \u00e0 mesurer physiquement et \u00e0 rationaliser la performance humaine \u00e0 l\u2019aune de celle des machines, exactement comme si l\u2019homme \u00e9tait une machine. On en vient \u00e0 imaginer le monde entier comme une immense usine, o\u00f9 les plantes, les animaux, les humains et les machines \u00ab\u00a0travaillent\u00a0\u00bb de concert, alimentant toute l\u2019imagerie futuriste du progr\u00e8s. Cela a conduit au taylorisme et au fordisme, puis, bien plus tard, au New Public Management.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conception capitaliste du monde comme une usine est un aboutissement de la thermodynamique et un pr\u00e9curseur de la cybern\u00e9tique\u00a0: tous les ph\u00e9nom\u00e8nes, qu\u2019ils soient naturels, sociaux ou psychiques sont appr\u00e9hend\u00e9s du seul point de vue de leur \u00e9quivalence \u00e9nerg\u00e9tique abstraite. Cette conception place l\u2019homme dans un immense continuum \u00e9nerg\u00e9tique, dont il n\u2019est qu\u2019un simple rouage. C\u2019est ainsi que le capitalisme invente simultan\u00e9ment l\u2019\u00e9cologie et l\u2019\u00e9conomie. Elles ne sont pas contradictoires et toute la trajectoire du capitalisme tend m\u00eame \u00e0 les faire converger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019\u00e9chelle sociale, la loi de la valeur marxienne reste valide\u00a0: le travail humain reste la seule source de cr\u00e9ation de valeur \u00e9conomique. Mais pour l\u2019\u00e9conomie standard, seule pr\u00e9vaut la qu\u00eate de la meilleure combinaison des facteurs de production. Elle ne fait pas de diff\u00e9rence de principe entre le facteur travail et le facteur capital (ou moyens de production). Ces facteurs doivent \u00eatre combin\u00e9s de mani\u00e8re optimale. L\u2019entrepreneur individuel et la th\u00e9orie n\u00e9oclassique de la production partent ainsi du principe d\u2019une substituabilit\u00e9 sans limite de principe entre le travail vivant (humain) et le travail mort (des machines). L\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique fonctionne donc \u00e0 la fois sur la base d\u2019un d\u00e9ni du r\u00f4le du travail humain dans la production de valeur \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019une substituabilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique de toutes les formes de travail les unes dans les autres. On comprend pourquoi la notion d\u2019\u00e9nergie \u00e9tait historiquement incontournable pour rationaliser ce processus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9conomie pr\u00e9tend ainsi se poser simplement dans le prolongement de la nature. Les \u00eatres humains auraient \u00ab toujours \u00bb travaill\u00e9 et la nature elle-m\u00eame travaillerait \u00ab depuis toujours \u00bb ! Mais ce que fait r\u00e9ellement l\u2019\u00e9conomie, c\u2019est d\u2019abord cr\u00e9er une sph\u00e8re \u00e9conomique autonome par l\u2019introduction du travail abstrait, travailler pour gagner de l\u2019argent \u2013 ce qui n\u2019a rien de naturel. Dans un deuxi\u00e8me temps, elle superpose \u00e0 cette nouvelle sph\u00e8re ainsi cr\u00e9\u00e9e les forces de la nature. Et tandis que le capitalisme engloutit peu \u00e0 peu l\u2019ensemble du monde physique, humain et non humain confondus, la th\u00e9orie n\u00e9oclassique de la production continue d\u2019affirmer qu\u2019elle ne fait rien d\u2019autre qu\u2019imiter la nature ou prolonger les ph\u00e9nom\u00e8nes naturels. La dimension socio-historique est ainsi totalement occult\u00e9e. Il n\u2019est donc pas surprenant que l\u2019on puisse entendre des propos tels que : \u00ab There is no such thing as society \u00bb !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le courant dit de la critique de la valeur part du principe que toute tentative de critiquer la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste du point de vue du travail ne fait que favoriser une int\u00e9gration \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du travailleur dans cette soci\u00e9t\u00e9 mais en aucun cas l\u2019abolition de ce principe du travail abstrait. Ainsi, les diff\u00e9rents mouvements ouvriers ont certes obtenu une am\u00e9lioration de leurs conditions de vie, mais ce ne fut que gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019essor de la production de l\u2019apr\u00e8s-guerre et \u00e0 la d\u00e9localisation des externalit\u00e9s vers d\u2019autres segments de la population mondiale. Cela a conduit le projet r\u00e9volutionnaire \u00e0 une int\u00e9gration et un embourgeoisement manifestes. Une critique radicale du capitalisme ne peut avoir pour objectif soit d\u2019am\u00e9liorer sa propre situation au m\u00e9pris du reste de la population mondiale, soit d\u2019exiger la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019\u00e9tat \u00e0 atteindre sans en v\u00e9rifier la faisabilit\u00e9 fondamentale \u00e0 un niveau syst\u00e9mique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le capitalisme \u00e9tant une formation historique et dynamique, son \u00e9volution passe par des \u00e9tapes irr\u00e9versibles. La critique de la valeur examine la logique interne de la valeur au sein du capitalisme et, par cons\u00e9quent, sa dimension d\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9. La critique de l\u2019\u00e9nergie examine le m\u00e9tabolisme physique de cette logique de la valeur, qui lui est \u00e9troitement li\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi la critique de la valeur a renonc\u00e9 \u00e0 la simple critique de la plus-value. Celle-ci a trop souvent \u00e9t\u00e9 confondue avec une d\u00e9nonciation du profit et de l\u2019exploitation. L\u2019objectif d\u2019une meilleure r\u00e9partition du capitalisme remplace l\u2019objectif v\u00e9ritable, qui serait de l\u2019abolir ! Or, la critique de la valeur pr\u00e9suppose que les cat\u00e9gories du capitalisme qui y sont li\u00e9es doivent \u00eatre critiqu\u00e9es et abolies simultan\u00e9ment : la valeur, le travail, la marchandise, l\u2019argent et l\u2019\u00c9tat en tant qu\u2019administrateur de la logique de la valeur. Robert Kurz est all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 soumettre \u00e0 la critique la forme subjective des Lumi\u00e8res. Il s\u2019agit pr\u00e9cis\u00e9ment de ce sujet qui croit pouvoir disposer de sa forme de soci\u00e9t\u00e9, alors que, selon Marx \u2013 et d\u2019ailleurs aussi selon Freud \u2013, il n\u2019en dispose en aucun cas. C\u2019est pourquoi Robert Kurz a soulign\u00e9 que la t\u00e2che de la critique du capitalisme est avant tout n\u00e9gative : elle consiste en la \u00ab critique impitoyable de tout ce qui existe \u00bb, comme le soulignait Marx. Il n\u2019y a rien \u00e0 sauver.<\/p>\n<p><b>La substituabilit\u00e9 des facteurs de production comme substitution abstraite des formes d\u2019\u00e9nergie<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un point litigieux de toutes les th\u00e9ories critiques de la soci\u00e9t\u00e9 et de tous les mouvements de lutte de gauche est de savoir dans quelle mesure la fin du capitalisme est compatible avec la poursuite de la production industrielle. Je soutiens que l\u2019abolition du travail abstrait \u2014 en termes simples, de tout travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 \u2014 signifierait, \u00e0 strictement parler, l\u2019abolition de la production industrielle. Le travail mort est tout aussi abstrait que le travail vivant, si l\u2019on prend en compte la notion d\u2019\u00e9nergie qui seule permet leur substitution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le marxisme traditionnel, on affirme sans cesse que le d\u00e9veloppement des forces productives rec\u00e8le un potentiel qui, gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9appropriation des moyens de production, pourrait conduire \u00e0 la lib\u00e9ration de la soci\u00e9t\u00e9. Du moins en tant que potentiel. On s\u2019appuie parfois sur ce qu\u2019on appelle le \u00ab fragment sur les machines \u00bb de Marx.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, Marx n\u2019est pas si cat\u00e9gorique. Il affirme en effet que la machine n\u2019a pas pour but d\u2019all\u00e9ger le labeur quotidien, mais qu\u2019elle est \u00ab un moyen pour produire de la survaleur\u00a0\u00bb.<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote14sym\"><sup>14<\/sup><\/a>\u00a0Une machine invent\u00e9e dans le but capitaliste de cr\u00e9er de la survaleur et qui s\u2019est impos\u00e9e en ce sens peut-elle \u00eatre r\u00e9orient\u00e9e pour servir un autre objectif (\u00e9mancipateur) ? La technologie est-elle neutre ? L\u2019intention consciente est-elle la dimension d\u00e9cisive\u00a0? Cette probl\u00e9matique reste ambivalente dans le texte de Marx et dans toute l\u2019histoire du marxisme. Elle confond souvent la critique des cat\u00e9gories fondamentales avec la morale des acteurs individuels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx d\u00e9crit en d\u00e9tail le passage de l\u2019outil \u00e0 la machine-outil. Cette \u00e9volution rend le travail humain superflu, au moins en partie ou dans certains secteurs, bien qu\u2019il reste irrempla\u00e7able pour la cr\u00e9ation de valeur au sens social global. Cette contradiction explique pourquoi, aujourd\u2019hui encore, certaines entreprises comme Amazon aspirent \u00e0 des processus 100 % automatis\u00e9s (sans y parvenir), tandis que les responsables politiques visent le plein emploi (sans y parvenir non plus). Une situation schizophr\u00e9nique pour la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais examinons de plus pr\u00e8s la \u00ab\u00a0composition organique du capital\u00a0\u00bb qui d\u00e9signe pour Marx le rapport entre les deux principaux facteurs de production. Ce rapport dicte la combinaison optimale vis\u00e9e par les entreprises pour rester comp\u00e9titives sur le march\u00e9. Il y a d\u2019une part le capital constant (c\u2019est-\u00e0-dire les moyens de production) et d\u2019autre part le capital variable (la main-d\u2019\u0153uvre). Marx les appelle parfois aussi travail mort et travail vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0La composition du capital doit \u00eatre prise en un double sens. Du c\u00f4t\u00e9 de la valeur, elle se d\u00e9termine par la proportion selon laquelle il se divise en capital constant, ou valeur des moyens de production, et capital variable, ou valeur de la force de travail, somme globale des salaires. Du c\u00f4t\u00e9 de la mati\u00e8re telle qu\u2019elle fonctionne dans le proc\u00e8s de production, tout capital se divise en moyens de production et force de travail vivante. Cette composition se d\u00e9termine par le rapport entre la masse des moyens de production employ\u00e9s, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et la quantit\u00e9 de travail requise pour employer ceux-ci, de l\u2019autre. La premi\u00e8re composition, je l\u2019appelle composition-valeur du capital, la seconde, composition technique du capital. Il existe entre les deux une \u00e9troite corr\u00e9lation\u00a0; et pour exprimer cette corr\u00e9lation, je donne \u00e0 la composition-valeur du capital, dans la mesure o\u00f9 elle est d\u00e9termin\u00e9e par sa composition technique, et refl\u00e8te les modifications de cette derni\u00e8re, le nom de\u00a0: composition organique du capital. Chaque fois qu\u2019il sera question de composition du capital sans autre pr\u00e9cision, il faudra toujours comprendre composition organique du capital.\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote15sym\"><sup>15<\/sup><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est d\u00e9sign\u00e9 ici sont deux c\u00f4t\u00e9s du m\u00eame rapport : le c\u00f4t\u00e9 de la valeur d\u2019une part et le c\u00f4t\u00e9 mat\u00e9riel d\u2019autre part. L\u2019expression \u00ab composition organique \u00bb d\u00e9signe l\u2019\u00ab \u00e9troite corr\u00e9lation \u00bb entre\u00a0<i>composition-valeur<\/i>\u00a0(c\u2019est-\u00e0-dire ladite composition, consid\u00e9r\u00e9e du point de vue de la cr\u00e9ation de valeur) et\u00a0<i>composition technique<\/i>\u00a0(c\u2019est-\u00e0-dire ladite composition, consid\u00e9r\u00e9e du point de vue des processus mat\u00e9riels). La composition organique permet d\u2019analyser le capitalisme de mani\u00e8re dynamique. Il ne reste pas identique \u00e0 lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour continuer \u00e0 subsister comme syst\u00e8me capitaliste, le capital global doit continuer \u00e0 se fonder sur le travail\u00a0; pour que les entrepreneurs individuels restent comp\u00e9titifs sur le march\u00e9 de concurrence, ils doivent expulser toujours plus de travail de leurs processus. On a l\u00e0 la source de la schizophr\u00e9nie not\u00e9e plus haut. Marx nomme ceci la \u00ab contradiction en proc\u00e8s \u00bb, une contradiction qui est immanente au syst\u00e8me. Disons-le autrement\u00a0: si le travail mort venait \u00e0 remplacer enti\u00e8rement le travail vivant, cela signifierait l\u2019effondrement du syst\u00e8me, car la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste ne peut subsister sans travail humain, c\u2019est-\u00e0-dire sans cr\u00e9ation de valeur. Cette condition est en contradiction avec la tendance historique \u00e0 automatiser de plus en plus de domaines. La critique de la valeur en tire la conclusion que, du point de vue social global, le capitalisme se dirige vers une limite interne absolue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne m\u2019attarde pas ici sur la th\u00e9orie de la crise mais sur les cons\u00e9quences du rapport de composition organique. Pour l\u2019\u00e9conomie bourgeoise, ce rapport ne pose pas de probl\u00e8me. Elle con\u00e7oit la substitution relative comme un simple calcul priv\u00e9 de l\u2019investisseur. Elle consid\u00e8re alors la part du travail vivant et celle du travail mort comme \u00e9quivalentes (au sens instrumental) et interchangeables. Pour que cette substitution se fasse sans heurts, il faut, d\u2019une part, que tout soit progressivement marchandis\u00e9 et, d\u2019autre part, que toute performance puisse \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie abstraite faisant l\u2019objet d\u2019un calcul de rentabilit\u00e9. Mais si l\u2019\u00e9conomie bourgeoise s\u2019arr\u00eate sur cette substituabilit\u00e9 relative, nous-m\u00eames savons qu\u2019il existe bien une diff\u00e9rence qualitative. En vertu de la contradiction fondamentale, la substitution ne peut jamais \u00eatre compl\u00e8te\u00a0: la micro\u00e9conomie tire dans un sens et la macro\u00e9conomie tire dans le sens contraire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi il ne faut pas perdre de vue qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un\u00a0<i>rapport<\/i>\u00a0qui a pour effet de faire passer tout ce qui existe par le goulot du travail abstrait. En tant que rapport, il signifie que le travail vivant et le travail mort sont toujours en \u00e9troite relation l\u2019un avec l\u2019autre. L\u2019un ne peut subsister sans l\u2019autre. Ensemble, c\u2019est-\u00e0-dire en tant que\u00a0<i>rapport<\/i>, les deux c\u00f4t\u00e9s du travail abstrait \u2013 travail vivant et travail mort \u2013 ouvrent ce que Marx appelle le passage \u00e0 la spirale : \u00ab\u00a0l\u2019accumulation se dissout dans la reproduction du capital \u00e0 une \u00e9chelle qui progresse constamment. Le trajet circulaire de la reproduction simple se modifie et se transforme (\u2026) en une spirale \u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote16sym\"><sup>16<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette spirale peut tromper sur sa destination, si l\u2019on en croit les apolog\u00e8tes d\u2019une automatisation int\u00e9grale ou d\u2019une \u00ab\u00a0singularit\u00e9 technologique\u00a0\u00bb. Car le fondement ontologique de l\u2019\u00e9conomie \u2013 \u00e9conomie comprise comme la trajectoire historique de ce rapport \u2013 restera toujours en dehors d\u2019elle. Ce fondement reste l\u2019impulsion humaine, que Marx nomme le \u00ab\u00a0premier moteur\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote17sym\"><sup>17<\/sup><\/a>. Le \u00ab\u00a0sujet automate\u00a0\u00bb pourra bien d\u00e9vorer tout ce qui existe pour essayer vainement de surmonter sa contradiction, mais il ne pourra jamais r\u00e9sorber son propre fondement, qui est hors de lui-m\u00eame, car il s\u2019agit d\u2019une cr\u00e9ation sociale et non de l\u2019auto-apparition spontan\u00e9e d\u2019une machine. La limite logique de ce processus tient au fait que l\u2019on n\u2019a pas \u00e0 faire \u00e0 quelque force naturelle plus puissante que nous, mais \u00e0 un syst\u00e8me de rapports sociaux, dans lequel justement tous les travaux ne se valent pas. Du point de vue de la cr\u00e9ation de valeur, c\u2019est-\u00e0-dire du maintien de la sph\u00e8re \u00e9conomique comme telle, le travail d\u2019une machine n\u2019est en aucun cas \u00e9quivalent \u00e0 celui d\u2019un ouvrier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La n\u00e9gligence du\u00a0<i>rapport<\/i>\u00a0qui vient d\u2019\u00eatre mis en \u00e9vidence conduit \u00e0 deux grandes cat\u00e9gories d\u2019erreurs th\u00e9oriques. La premi\u00e8re consid\u00e8re qu\u2019il est possible de r\u00e9sorber enti\u00e8rement le travail humain et de voir \u00e9merger un mode enti\u00e8rement automatis\u00e9, pour le meilleur et pour le pire. Cette vision oublie que le syst\u00e8me capitaliste est un syst\u00e8me social tributaire de la cr\u00e9ation de valeur \u00e9conomique. Il ne saurait se soulever par les cheveux et se passer d\u2019une source de valorisation. Si le travail humain est enti\u00e8rement supprim\u00e9, le syst\u00e8me cesse, mais alors la production industrielle s\u2019effondre aussi. L\u2019erreur inverse et sym\u00e9trique, qui peut \u00eatre celle des n\u00e9o-luddites, consiste \u00e0 regarder avec nostalgie le bon vieux temps de la production simple, l\u2019\u00e9poque qui pr\u00e9c\u00e8de celle de la grande industrie, en croyant trouver l\u00e0 un refuge contre les horreurs industrielles encore \u00e0 venir. Mais si le travail abstrait est maintenu, c\u2019est-\u00e0-dire produire pour vendre, c\u2019est tout le syst\u00e8me capitaliste qui repart sur les m\u00eames bases, car on ne peut pas vendre quelque chose sur un march\u00e9 sans suivre les lois de la concurrence.\u00a0<i>Il est impossible de maintenir l\u2019un des deux c\u00f4t\u00e9s du rapport sans entra\u00eener l\u2019autre, ce qui est logique, puisque c\u2019est un rapport<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ob-section ob-section-html \">\n<p><b>Conclusion<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains critiques ont d\u00e9duit de la formule marxienne sur la \u00ab d\u00e9pense de cerveau, de nerf, de muscle, d\u2019organe sensoriel, etc.\u00a0\u00bb que Marx avait une conception \u00e9nerg\u00e9tique du travail. La tradition marxiste, en revanche, d\u00e9fend une conception sociale du travail et a donc balay\u00e9 d\u2019un revers de main la question \u00e9nerg\u00e9tique qui lui est indissociable. D\u2019autres th\u00e9oriciens ont protest\u00e9 en affirmant que la conception selon laquelle seul le travail humain productif produit de la valeur n\u00e9gligerait la contribution de la nature \u00e0 la formation de la valeur. Nous sommes ici confront\u00e9s \u00e0 trois malentendus :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\/ Lorsque Marx d\u00e9finit le travail humain comme \u00ab d\u00e9pense de cerveau, de nerf, de muscle\u00a0\u00bb, ce n\u2019est pas au sens o\u00f9 le travail humain serait identique \u00e0 une d\u00e9pense physique, puisqu\u2019il est socialement d\u00e9termin\u00e9. Marx s\u2019aligne sur le r\u00e9ductionnisme de la production capitaliste dans le but de l\u2019analyser. Car derri\u00e8re l\u2019apparente concr\u00e9tude du cerveau, des muscles, des nerfs ou de la main se cache pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019abstraction \u00e9nerg\u00e9tique. Au sens du fonctionnement capitaliste, la concr\u00e9tude la plus grossi\u00e8re est identique \u00e0 l\u2019abstraction la plus grossi\u00e8re. Le d\u00e9tour par la thermodynamique et le recours \u00e0 la pens\u00e9e dialectique permettent d\u2019appr\u00e9hender cette figure complexe. Nous avons en effet vu que la plus haute abstraction math\u00e9matique, appel\u00e9e \u00e9nergie, ouvre simultan\u00e9ment une spirale tr\u00e8s concr\u00e8te d\u2019engloutissement du monde, qui se manifeste sous la forme d\u2019une crise \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique \u2014 ou plus exactement d\u2019une crise entropique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\/ Dire que \u00ab la d\u00e9pense de cerveau, de nerf, de muscle \u00bb ne doit pas \u00eatre comprise de mani\u00e8re r\u00e9ductionniste, c\u2019est-\u00e0-dire purement physicaliste, ne signifie pas qu\u2019il faille \u00e9carter la question \u00e9nerg\u00e9tique. Mettre l\u2019accent sur la cr\u00e9ation de valeur en tant que rapport social peut conduire \u00e0 perdre de vue les processus tr\u00e8s concrets qui donnent naissance \u00e0 ce mode de production. L\u2019infrastructure mat\u00e9rielle et \u00e9nerg\u00e9tique est la pr\u00e9condition de la trajectoire capitaliste et de la logique de la valeur. Parler de l\u2019abolition de la logique de la valeur sans tenir compte de la cat\u00e9gorie \u00e9nerg\u00e9tique qui la sous-tend ne fait aucun sens. La logique de la valeur comporte en effet \u00e0 la fois un aspect concret et un aspect abstrait, qui se refl\u00e8tent respectivement dans les processus \u00e9conomiques d\u2019une part, et dans le m\u00e9tabolisme mat\u00e9riel d\u2019autre part. Ces deux aspects, le concret et l\u2019abstrait, sont apparus ensemble au cours de l\u2019histoire et ne peuvent \u00eatre trait\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment.<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote18sym\"><sup>18<\/sup><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3\/ Compte tenu de la crise \u00e9cologique, certains estiment que la th\u00e9orie marxiste de la valeur est d\u00e9pass\u00e9e ou insuffisante et qu\u2019il faut int\u00e9grer les facteurs techniques et mat\u00e9riels dans la cr\u00e9ation de valeur. Cela conf\u00e9rerait une \u00ab reconnaissance \u00bb th\u00e9orique \u00e0 des facteurs qui, selon eux, ne seraient pas pris en compte dans la th\u00e9orie de la valeur. Mais la valeur \u00e9conomique au sens marxiste n\u2019est pas identique \u00e0 ce qui permet au capitaliste individuel de r\u00e9aliser un profit. C\u2019est avant tout ce qui ouvre, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, une sph\u00e8re \u00e9conomique autonome. Les machines ou la mati\u00e8re, la nature ou l\u2019\u00e9nergie ont certes un co\u00fbt \u00e9conomique, mais elles ne sont pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es pour la \u00ab d\u00e9pense \u00bb de travail. Elles ne servent donc pas directement au processus de valorisation, bien qu\u2019elles en soient en m\u00eame temps les conditions pr\u00e9alables fondamentales. En brouillant la distinction entre la prestation d\u2019une machine et celle d\u2019un \u00eatre humain, on perd de vue la fonction\u00a0<i>sociale<\/i>\u00a0de l\u2019\u00e9conomie dans le capitalisme. On pratique ainsi exactement ce que d\u00e9fend l\u2019\u00e9conomie dominante. Les \u00e9conomistes bourgeois ne pensent pas autrement lorsqu\u2019ils proposent de donner un prix \u00e0 tout ce qui n\u2019en a pas encore, afin de compenser le probl\u00e8me des effets externes. Mais ils ne peuvent tout de m\u00eame pas abolir la diff\u00e9rence entre le travail cr\u00e9ateur de valeur et la prestation d\u2019une machine, m\u00eame en transformant tout ce qui existe en marchandise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai voulu montrer\u00a0: 1\/ que Marx a bel et bien une conception de l\u2019\u00e9nergie, bien que non r\u00e9ductionniste ; 2\/ que cette conception est \u00e9galement indispensable \u00e0 la th\u00e9orie de la valeur si, contrairement \u00e0 une conception m\u00e9taphysique de la valeur, on refuse de dissocier la th\u00e9orie de la valeur de son m\u00e9tabolisme mat\u00e9riel ; 3\/ que parler de \u00ab cr\u00e9ation de valeur \u00bb par une activit\u00e9 non humaine rendrait caduque toute la critique de l\u2019\u00e9conomie politique, et donc aussi la critique sociale. Une machine peut rapporter du profit \u00e0 son possesseur mais elle ne peut pas augmenter la cr\u00e9ation de valeur \u00e9conomique globale. Ces diff\u00e9rentes simplifications expliquent pourquoi les \u00e9cologistes et les \u00e9nerg\u00e9ticiens d\u2019une part, et les marxistes d\u2019autre part, s\u2019accrochent respectivement \u00e0 un seul c\u00f4t\u00e9 de la contradiction ou, dit autrement, \u00e0 un seul c\u00f4t\u00e9 du rapport entre capital et travail. Les uns ne parlent que de la r\u00e9partition in\u00e9gale, les autres que des destructions mat\u00e9rielles. S\u2019ils abordaient tous deux de mani\u00e8re cat\u00e9gorielle la notion d\u2019\u00e9nergie qui sous-tend la question du travail \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire, j\u2019insiste, d\u2019une mani\u00e8re non r\u00e9ductionniste \u2013, ils pourraient formuler une critique commune et plus fondamentale. La production d\u2019humains superflus et de d\u00e9chets sont en effet les deux manifestations principales de l\u2019entropie syst\u00e9mique du mode de production capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle enqu\u00eate sur la cat\u00e9gorie d\u2019\u00e9nergie permet d\u2019affiner le diagnostic sur les impossibilit\u00e9s du productivisme. Le ver du capitalisme est en tout cas d\u00e9j\u00e0 dans la production industrielle. Il faudrait donc commencer par mettre fin aux fausses promesses, comme l\u2019id\u00e9e que les \u00e9nergies renouvelables ou \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9conomie circulaire\u00a0\u00bb peuvent briser la spirale de l\u2019entropie capitaliste. En finir avec le productivisme, se serait donc en finir avec\u00a0<i>les deux c\u00f4t\u00e9s<\/i>\u00a0du rapport social capitaliste qui substitue le travail mort au travail vivant sur la base d\u2019une commune abstraction \u00e9nerg\u00e9tique. Cela signifierait non seulement la fin de nos cat\u00e9gories \u00e9conomiques (argent, valeur, travail, march\u00e9, concurrence, etc.) mais aussi la fin des cat\u00e9gories industrielles (rationalisation de la mati\u00e8re, optimisation des ressources, objectification de la nature, etc.). Cette fin nous est devenue presque irrepr\u00e9sentable, et pour cette raison, elle est souvent consid\u00e9r\u00e9e comme une utopie. J\u2019ai une vision tout \u00e0 fait diff\u00e9rente\u00a0: je pense que ce mode de production ne tiendra pas longtemps, que nous le voulions ou non. Il comporte diff\u00e9rentes impossibilit\u00e9s logiques qui ne sont pas r\u00e9formables. Il n\u2019est donc pas utopique mais absolument r\u00e9aliste d\u2019envisager s\u00e9rieusement \u00e0 quoi ressemblerait sa fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La critique du productivisme doit remonter \u00e0 la racine du fonctionnement capitaliste si elle ne veut pas simplement continuer \u00e0 d\u00e9fendre le m\u00eame syst\u00e8me sous un autre nom, comme l\u2019ont fait tant de propositions et d\u00b4exp\u00e9riences socialistes ou communistes. Mais pour ne pas voir le sombre avenir que nous r\u00e9serve ce syst\u00e8me, on s\u2019accroche volontiers aux solutions partielles que j\u2019\u00e9voquais au d\u00e9but\u00a0: changer les mentalit\u00e9s pour les rendre plus sobres, r\u00e9duire le gaspillage et le volume de la production, etc.<a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote19sym\"><sup>19<\/sup><\/a>\u00a0De telles mesures reviennent \u00e0 vouloir vider l\u2019oc\u00e9an \u00e0 la petite cuiller. Il est beaucoup plus radical de souligner la rupture n\u00e9cessaire avec la totalit\u00e9 des cat\u00e9gories qui organisent ce mode de production sans faire croire au maintien des seuls avantages mat\u00e9riels qu\u2019il procure \u00e0 une toute petite partie de l\u2019humanit\u00e9 (dont nous-m\u00eames faisons partie). Le probl\u00e8me n\u2019est donc pas que nous ne sachions pas par o\u00f9 commencer cette rupture, tant les d\u00e9fis sont colossaux. Personne n\u2019est cens\u00e9 \u00eatre magicien. Le probl\u00e8me est que nous persistions \u00e0 passer des compromis avec ce syst\u00e8me en essayant de \u00ab\u00a0sauver les meubles\u00a0\u00bb, ce qui revient \u00e0 \u00e9terniser son agonie et \u00e0 d\u00e9truire la totalit\u00e9 du substrat mat\u00e9riel d\u2019un avenir post-capitaliste. Car on ne construira pas une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9mancip\u00e9e s\u2019il n\u2019y a plus assez d\u2019eau douce, si les oc\u00e9ans sont vid\u00e9s de leurs poissons, si le sous-sol est vid\u00e9 de toutes ses ressources, si d\u2019immenses r\u00e9gions sont empoisonn\u00e9es, si nous croulons sous des montagnes de d\u00e9chets ing\u00e9rables et si r\u00e8gne un chaos climatique. Ce sont les manifestations de l\u2019entropie du syst\u00e8me capitaliste-industriel et non d\u2019une quelconque loi de la nature.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ob-section ob-section-html \">\n<p>Sandrine Aumercier, mars 2026<\/p>\n<p><i>Ceci est la version \u00e9crite d\u2019une conf\u00e9rence tenue \u00e0 Lausanne dans le cadre des travaux du Groupe vaudois de philosophie le 1<sup>er<\/sup>\u00a0avril 2026.<\/i><\/p>\n<figure class=\"image-align-center\"><img decoding=\"async\" class=\"image-size-medium\" src=\"https:\/\/image.over-blog.com\/XSVjYn5Oz043xeYyBNOMPZx3a2Y=\/filters:no_upscale()\/image%2F1488848%2F20260519%2Fob_9a3a68_mur-energetique-1mo-couv.jpg\" alt=\"\" data-amp-height=\"1063\" data-amp-width=\"709\" data-data-cke-saved-src=\"https:\/\/image.over-blog.com\/XSVjYn5Oz043xeYyBNOMPZx3a2Y=\/filters:no_upscale()\/image%2F1488848%2F20260519%2Fob_9a3a68_mur-energetique-1mo-couv.jpg\" \/><\/figure>\n<figure class=\"image-align-center\"><img decoding=\"async\" class=\"image-size-medium\" src=\"https:\/\/image.over-blog.com\/O33_yfjmbi8Az5OdEYb1kem-_O0=\/filters:no_upscale()\/image%2F1488848%2F20260519%2Fob_96842a_couverture-raison-1er-2m.jpg\" alt=\"\" data-amp-height=\"1211\" data-amp-width=\"827\" data-data-cke-saved-src=\"https:\/\/image.over-blog.com\/O33_yfjmbi8Az5OdEYb1kem-_O0=\/filters:no_upscale()\/image%2F1488848%2F20260519%2Fob_96842a_couverture-raison-1er-2m.jpg\" \/><\/figure>\n<figure class=\"image-align-center\"><img decoding=\"async\" class=\"image-size-medium\" src=\"https:\/\/image.over-blog.com\/M4EeNu5qnctjPh41oV8AauvHTAg=\/filters:no_upscale()\/image%2F1488848%2F20260519%2Fob_2a81ef_couverture-1a-re-de-couv-jaggernaut-na.jpg\" alt=\"\" data-amp-height=\"1240\" data-amp-width=\"945\" data-data-cke-saved-src=\"https:\/\/image.over-blog.com\/M4EeNu5qnctjPh41oV8AauvHTAg=\/filters:no_upscale()\/image%2F1488848%2F20260519%2Fob_2a81ef_couverture-1a-re-de-couv-jaggernaut-na.jpg\" \/><\/figure>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote1anc\">1<\/a>\u00a0Feynman, Richard:\u00a0<i>The Feynman Lectures on Physics, vol. I: Mainly Mechanics, Radiation, and Heat<\/i>, New York, 2011 [1964], p. 33.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote2anc\">2<\/a>\u00a0Guy Deutscher,\u00a0<i>The Entropy Crisis<\/i>, World Scientific Publishing Company, 2008.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote3anc\">3<\/a>\u00a0Matthieu Auzanneau, \u00ab\u00a0M\u00e9taux critiques, charbon, gaz, p\u00e9trole : nous entrons dans les r\u00e9cifs\u00a0\u00bb, 12 octobre 2021,\u00a0<i>Le Monde.fr<\/i>, en ligne\u00a0:\u00a0<i>&lt;<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/blog\/petrole\/2021\/10\/12\/metaux-critiques-charbon-gaz-petrole-nous-entrons-dans-les-recifs\/&amp;gt\">https:\/\/www.lemonde.fr\/blog\/petrole\/2021\/10\/12\/metaux-critiques-charbon-gaz-petrole-nous-entrons-dans-les-recifs\/&amp;gt<\/a>;<\/i><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote4anc\">4<\/a>\u00a0Voir Aurore Stephant, \u00ab Ru\u00e9e mini\u00e8re au XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle : jusqu\u2019o\u00f9 les limites seront-elles repouss\u00e9es ? \u00bb, 2022, En ligne:\u00a0<i>&lt;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=i8RMX8ODWQs\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=i8RMX8ODWQs<\/a>\u00a0&gt;<\/i><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote5anc\">5<\/a>\u00a0<i>International Energy Outlook 2019<\/i>.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote6anc\">6<\/a>\u00a0Jean-Baptiste Fressoz,\u00a0<i>Sans transition. Une nouvelle histoire de l\u2019\u00e9nergie<\/i>, Paris, Seuil, 2024.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote7anc\">7<\/a>\u00a0Magtulis Prinz and al., Biden\u2019s oil boom, Reuters, 28\/03\/2024, en ligne :\u00a0<i>&lt;<a href=\"https:\/\/www.reuters.com\/graphics\/USA-BIDEN\/OIL\/lgpdngrgkpo\/&amp;gt\">https:\/\/www.reuters.com\/graphics\/USA-BIDEN\/OIL\/lgpdngrgkpo\/&amp;gt<\/a>;<\/i><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote8anc\">8<\/a>\u00a0Richard Heinberg,\u00a0<i>Peak Everything<\/i>, New Society Publisher, 2010 ; Fran\u00e7ois Grosse,\u00a0<i>Croissance soutenable ?<\/i>, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2023.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote9anc\">9<\/a>\u00a0Damian Carrington, Interview mit Mark Jacobson, \u00ab No miracles needed: Prof Mark Z. Jacobson on how wind, sun and water can power the world \u00bb,\u00a0<i>The Guardian<\/i>, 23\/01\/23, Online:\u00a0<i>&lt;<a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/environment\/2023\/jan\/23\/no-miracles-needed-prof-mark-jacobson-on-how-wind-sun-and-water-can-power-the-world&amp;gt\">https:\/\/www.theguardian.com\/environment\/2023\/jan\/23\/no-miracles-needed-prof-mark-jacobson-on-how-wind-sun-and-water-can-power-the-world&amp;gt<\/a>;<\/i><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote10anc\">10<\/a>\u00a0Voir Cara New Dagget,\u00a0<i>The Birth of Energy<\/i>, Londres, Duke University Press, 2019.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote11anc\">11<\/a>\u00a0Gaspard-Gustave Coriolis<i>, Du calcul de l\u2019effet des machines<\/i>, Paris, Carilian-Goeury, 1829.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote12anc\">12<\/a>\u00a0Karl Marx,\u00a0<i>Le Capital, Livre I<\/i>, Paris, PUF, 1993, p. 82.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote13anc\">13<\/a>\u00a0Voir Anson Rabinbachh,\u00a0<i>Le moteur humain<\/i>, Paris, La Fabrique, 2004.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote14anc\">14<\/a>\u00a0Karl Marx,\u00a0<i>Le Capital<\/i>,\u00a0<i>Livre I<\/i>,\u00a0<i>op. cit.<\/i>, p. 416.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote15anc\">15<\/a>\u00a0<i>Ibid<\/i>, p. 686.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote16anc\">16<\/a>\u00a0<i>Ibid.<\/i>, p. 651.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote17anc\">17<\/a>\u00a0<i>Ibid.<\/i>, p. 422.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote18anc\">18<\/a>\u00a0Voir Kornelia Hafner, \u00ab\u00a0Gebrauchswertfetischismus\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Deux principes sont sans arr\u00eat oppos\u00e9s : l\u2019abstrait et le concret, le g\u00e9n\u00e9ral et le particulier, le mort et le vivant, l\u2019identique et le non-identique, la valeur d\u2019\u00e9change et la valeur d\u2019usage, le capital et le travail. Le mauvais mill\u00e9narisme de la \u201cth\u00e9orie de la r\u00e9volution\u201d qui en d\u00e9coule s\u2019est manifest\u00e9 dans la simplification consistant \u00e0 r\u00e9duire l\u2019un des termes de ces paires conceptuelles \u00e0 une fausse totalit\u00e9 et l\u2019autre au principe d\u2019espoir, ou, pour le dire encore plus simplement, \u00e0 les r\u00e9duire au mal et au bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/grundrissedotblog.wordpress.com\/2026\/04\/14\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles\/#sdfootnote19anc\">19<\/a>\u00a0Un exemple fameux de ce vice de forme est celui \u00e9tudi\u00e9 par l\u2019\u00e9conomiste lib\u00e9ral William Stanley Jevons en 1865 dans\u00a0<i>The coal question<\/i>. Il remarque que l\u2019utilisation plus efficace d\u2019une mati\u00e8re premi\u00e8re telle que le charbon conduit \u00e0 une augmentation de la consommation de cette mati\u00e8re premi\u00e8re, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 une diminution. L\u2019efficacit\u00e9 aboutit donc \u00e0 un r\u00e9sultat contre-intuitif. C\u2019est ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui l\u2019effet-rebond. Les tentatives visant \u00e0 limiter l\u2019effet-rebond par une restriction de la consommation sont vaines, car l\u2019effet-rebond est inh\u00e9rent au principe d\u2019efficacit\u00e9. Quiconque recherche l\u2019efficacit\u00e9 souhaite obtenir \u00ab plus de quelque chose avec un moindre effort \u00bb. Le \u00ab plus \u00bb n\u2019est donc pas en opposition au \u00ab moins \u00bb, mais en \u00e9troite relation avec lui. On peut voir o\u00f9 je veux en venir. Lorsque les partisans de la d\u00e9croissance pr\u00f4nent le \u00ab\u00a0moins\u00a0\u00bb, ils ignorent la puissance de la rationalit\u00e9 \u00e9conomique, pour laquelle tout \u00ab\u00a0moins\u00a0\u00bb est en rapport avec un \u00ab\u00a0plus\u00a0\u00bb. Cette rationalit\u00e9 impr\u00e8gne tout le champ de l\u2019\u00e9cologie politique.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<section class=\"item-tags\">Tag(s) : <a href=\"https:\/\/www.palim-psao.fr\/tag\/effondrement%20ecologique%20et%20dynamique%20du%20capital\/\">#Effondrement \u00e9cologique et dynamique du capital<\/a><\/section>\n<hr \/>\n<p>Source : <a href=\"https:\/\/www.palim-psao.fr\/2026\/05\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles-par-sandrine-aumercier.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.palim-psao.fr\/2026\/05\/productivisme-mobilisation-de-toutes-les-energies-disponibles-par-sandrine-aumercier.html<\/a><\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Productivisme, Mobilisation de toutes les \u00e9nergies\u00a0disponibles Sandrine Aumercier * &nbsp; Au sein des milieux militants,<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3375,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[177],"class_list":["post-3374","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-penser-les-bascules","tag-effondrement-ecologique-et-dynamique-du-capital"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3374","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3374"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3374\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3377,"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3374\/revisions\/3377"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3375"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3374"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3374"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bascules.social\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3374"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}